LE BOURGEOIS GENTILHOMME

LE BOURGEOIS GENTILHOMME, de Molière

Mise en scène de Gaspard Legendre

Musique originale de John Kenny

Chorégraphies de Franck Ragueneau

Avec (en alternance) : Pierre Bedouet ou Pierre Lhenri ou Lucas Borzykowski, Florent Chapellière ou Ulysse Matignon, Aude Lepape ou Ysanis Padonou ou Valentine Lauzat, Alexandre Manceau, Claire Tudela

Jeu de miroirs permanent, cette nouvelle mise en scène du Bourgeois Gentilhomme marie la comédie et la tragédie. Les genres se mélangent, s’opposent, se répondent, pour mettre en valeur la puissance de la comédie de Molière, menée avec joie dans un univers cauchemardesque.

Monsieur Jourdain a engagé autour de lui un engrenage innarrêtable, celui du toujours mieux, du toujours plus, dont il ne maîtrise plus le déroulement : les maîtres défilent dans sa maison, Dorante entre et sort a volo, tandis que les valets échafaudent un plan pour que Cléonte puisse obtenir la main de Lucile… Au centre de tout cela, l’homme devient témoin des allées et venues et aussi victime de ses pairs.

Autour de lui, des grandes boîtes, faites de miroirs et de portes, constituent des espaces mentaux, elles bougent malgré lui, tournent autour de lui… jusqu’à s’échapper lorsqu’il veut se sauver de cet espace. Les personnages y rentrent, en sortent comme par magie. La géographie de l’espace familier de la maison est mouvant et se définit de lui-même selon l’état du personnage. Les boîtes représentent aussi d’une manière moderne et dynamique l’éclatement de la cellule familiale, la déstructuration de l’univers intime qui s’expand et se resserre autour de Monsieur Jourdain tout au long de la pièce.

Dans cet univers cauchemardesque, aux costumes très sombres, presques gothiques, éclairés depuis le sol de l’avant-scène – à la manière des bougies au temps de Molière – nous assistons à l’arrivée de personnages presque vampiriques, issus directement d’une tradition fantastique. L’animalité fait surface chez les maîtres, à laquelle s’oppose celle de Monsieur Jourdain, à travers son comportement simiesque dans l’imitation, il est singe de la farce.

Puis la pièce se colorise dans un univers riche et joyeux lors d’un rituel dans la cérémonie turque. Au côté carré et rigide de l’univers parisien s’oppose la rondeur du monde turc. Le peuple exotique représenté par Covielle et sa mascarade divertissent la cour pour mieux l’instruire. Mais ces personnages sont aussi utilisés comme miroir de notre société pour mieux la critiquer.

Cette adaptation mélange les genres et les époques, musicalement, au niveau des costumes mais aussi notamment dans les rythmes de jeu. Il s’agit de montrer la modernité de la pièce, que les caractères et les problématiques soulevées par Molière sont universelles. Combien connaissons-nous de Monsieur Jourdain, qui veulent toujours mieux, toujours plus, être dans le paraître autour de nous jusqu’à oublier la réalité de ce qui les entoure?

Le texte de Molière est dense, profond, grinçant dans toute la force de son actualité et ce sont tous ses aspects que nous espérons partager avec vous aujourd’hui.